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Comment ont été marqués les buts en Ligue des Champions cette saison ?

«C’était une campagne de Ligue des Champions avec un record de buts par match et une tendance pour un football basé sur de grosses prises de risques, comme nous l’a montré la vainqueur de l’édition le Bayern Munich»

Ce sont les mots du rapport technique de l’UEFA sur la précédente édition de la Ligue des Champions. Avec 3,01 buts par match cette saison, l’édition 2020/21 n’est pas très loin du record de 3,24 buts établi par l’édition précédente.

Mais comment sont marqués ces buts? C’est l’idée qui m’est venue en tête et j’ai donc décidé de répondre à cette question en faisant mes propres statistiques. Cela ne sera donc pas parfait puisque je l’ai fait moi-même mais cela peut donner une idée assez bonne de comment sont marqués les buts durant cette édition de la Champions League.

Les statistiques recueillies

Vous pouvez voir le nombre de buts marqués depuis chaque zone. Je vais vous expliquer comment j’ai mesuré chaque zone.

Pour les zones de centre, qui sont au nombre de 4, j’ai pris la zone depuis laquelle la passe décisive était partie. Pour les buts marqués en contre, j’ai compté comme un contre les actions partant depuis la moitié de terrain de l’équipe qui marque le but. Enfin, les buts marqués dans les dix secondes suivant une interception ont été pris en compte si et seulement si l’interception était effectuée dans le camp inverse. Dans le cas contraire, je l’ai compté comme un but en contre. Pour le reste, je ne pense qu’il n’y a pas besoin d’explications.

Buts marqués grâce à un centre (en retrait, fort devant le but ou bien un centre classique)

L’idée m’est venue de ce tweet ci-dessous:

Définir certaines zones de centre me paraît plutôt astucieux, surtout pour le reste de mon article, mais aussi parce que ces zones sont plutôt réalistes. 

Les remises en retrait ou les centres sont clairement les façons les plus utilisées pour marquer des buts cette saison. J’ai réalisé un graphique où vous pouvez voir la proportion de passes décisives venant de la zone coloriée. Ces quatre zones représentent environ 40% de toutes les passes décisives cette saison. 

La plupart des buts en contre viennent également de centres (au moins 75%) mais j’ai décidé de les compter comme des buts marqués sur contre. 

Un centre fort au premier poteau est comme un but à moitié marqué d’après Pep Guardiola et c’est dans cet esprit qu’il a fait évoluer ses équipes. Et les données confirment ceci. La zone de Kyle Walker est celle d’où viennent le plus de buts marqués en Ligue des Champions cette saison, ce qui était d’ailleurs déjà le cas la saison dernière.

Mais pour réussir à rendre ces passes depuis cette zone efficaces, il faut absolument trouver du dynamisme par du mouvement plus bas sur le terrain puis faire une bonne passe dans cette zone pour que le centre puisse atteindre des joueurs qui arrivent en mouvement (et non statiques) dans la surface. C’est donc pour cela que j’ai regardé d’où venait les passes précédant la dernière passe.

Vous pouvez donc voir qu’elles viennent surtout de derrière ou d’en face (sur la même ligne horizontale ou verticale donc) mais ce qu’on ne voit pas sur le graphique est que 12,5% des passes viennent de longs ballons exploitant les lignes défensives très hautes de l’adversaire. C’est la grosse prise de risque dont on parlait dans l'introduction.

Et c’est assez normal de voir ça car la majorité des équipes attaquent depuis les ailes puisque les équipes devant défendre sont de plus en plus compact dans l’axe. Vous pouvez voir la moyenne d’attaque par chaque couloir pour les équipes en Ligue des Champions cette année.

Malgré le fait que les données récupérées confirment ce que je vois dans les cinq grands championnats, j’ai voulu trouver d’autres analyses statistiques pour voir si j’étais dans le vrai et j’en ai trouvé une extrêmement intéressante. Elle est malheureusement en anglais mais ne vous inquiétez pas, j’ai traduit certains passages pour vous.

(https://www.statsperform.com/resource/the-art-of-crossing/)

Dans l’analyse, ils ont enregistré grâce à des algorithmes tous les centres qui ont été effectués pendant trois saisons de Premier League (entre 2014 et 2017). Ce qu’ils ont trouvé est assez fascinant et plein de bon sens: les centres sont de moins en moins effectués par une équipe lorsque celle-ci mène au score mais cette fréquence augmente lorsque l’équipe est menée.

Cela veut donc dire que les équipes ne marquent pas plus parce qu’elles centrent moins mais qu’elles centrent moins parce qu’elles gagnent. Les centres sont donc bénéfiques. 

La photo ci-dessus se trouve dans l’article.

Les deux zones que vous voyez ci-dessus sont les les meilleurs moyens de marquer un but quand vous effectuez en centre et cela vient appuyer ce que j’ai vu en Ligue des Champions cette saison. Et on peut voir sur la deuxième partie de la photo que trouver un coéquipier au second poteau est aussi plus facile (7,2% de chance de marquer), ce qui est normal en raison de la gravité (il fallait bien trouver un nom), un concept dont je vous parlerai un peu plus loin dans cet article.

Créer du dynamisme grâce à des combinaisons

On en a parlé plus haut et j’ai donc décidé de vous montrer un exemple tout en expliquant ce que je voulais dire quand je parlais de dynamisme avant de centrer, ce qui invite les joueurs à effectuer des courses dans la surface pour recevoir le ballon en mouvement.

Les combinaisons, à n’importe quel endroit sur le terrain, visent à créer une différence que vous pourrez exploiter. Comme vous pouvez le voir ci-dessous, Mönchengladbach fait circuler le ballon assez longtemps dans des zones plus basses du terrain pour attirer les joueurs du Shakhtar et les forcer à faire le pressing. Pendant ce temps, la plupart des joueurs sont concentrés sur le côté gauche pour attirer les joueurs du Shakhtar vers ce côté du terrain, laissant Stefan Lainer seul sur le côté droit.

Le dynamisme créé par ces combinaisons a permis aux joueurs de Gladbach de faire des courses dans la surface adverse, augmentant les chances de marquer un but, ce qu’ils ont fait.

La gravité: explications du concept et son impact sur les centres

J’ai conscience que pour vous c’est juste encore un terme de hipster mais étant quelqu’un qui a joué au basket, j’ai rencontré ce phénomène tellement de fois que je l’ai immédiatement remarqué quand je l’ai rencontré dans le football.

La gravité est la tendance des joueurs à se concentrer sur le ballon ou à être attirés par une menace perçue. La plupart du temps, cette menace perçue sera proche du ballon lui-même. C’est un concept encore plus important au basketball.

Au basketball, vous devez souvent aider votre coéquipier s’il perd son 1 contre 1, c’est pourquoi les joueurs en défense doivent rester attentifs aux joueurs qu’ils ne marquent pas, et donc être attirés vers une menace.

Ce concept est décrit ci-dessous. Lorsque le joueur que vous marquez est à deux passes de la réception du ballon, vous devez rester à l’intérieur afin de refuser l’accès au panier à l’adversaire avec le ballon (c’est-à-dire que vous devez aider votre coéquipier s’il est battu en 1 contre 1). Si vous aidez votre coéquipier, vous laisserez donc votre joueur libre dans le coin.

Au football, la gravité fait que les centres vers le second poteau sont très efficaces car les défenseurs vont naturellement être attirés par les attaquants au premier poteau, car ils sont perçus comme de plus gros dangers que ceux au second poteau (la menace perçue). Cela confirme ce qu’on a vu plus haut avec ce graphique.

Maintenant que nous avons défini la gravité, voyons comment elle peut s’appliquer au football. Le premier exemple provient du match entre le Borussia Mönchengladbach et l’Inter Milan. Lars Stindl reçoit le ballon de son arrière droit, Valentino Lazaro, avec ce dernier qui fait un appel en profondeur pour recevoir le ballon de Stindl en mouvement sur le côté. Alassane Pléa fait une course au second poteau tandis que Thuram croise son appel pour attirer la défense avec une course vers le premier poteau.

Comme les joueurs de l’Inter sont attirés vers le premier poteau en raison de la menace qu’ils perçoivent, c’est-à-dire Thuram, son déplacement permet à Pléa d’être enfin libre au second poteau.

Les buts marqués 10 secondes ou moins après une interception: une tendance grandissante 

Il y a plus de vingt ans, en 1998, Ralf Rangnick prônait un style où la plupart des buts seraient marqués dans les huit secondes suivant la récupération du ballon. La plupart des personnes travaillant dans le foot l’avaient pris pour un fou.

Dans une récente interview, Rangnick déclara: «Il y a cinq ou dix ans, vous n’aviez pas peur de ce que faisait l’autre équipe quand  vous aviez le ballon. Maintenant, la plupart des équipes de la plupart des ligues ont une sorte de plan pour savoir comment ils peuvent vous faire mal quand ils n’ont pas le ballon».

Selon lui, «La majorité des buts sont marqués 12 secondes après avoir intercepté le ballon. Idéalement, vous devriez regagner le ballon 8 secondes après l’avoir perdu.» Et mes propres données sont en accord avec ses propos. Marquer immédiatement après une interception est la troisième méthode la plus efficace pour marquer des buts cette saison en Ligue des Champions. Quand vous regardez le Bayern et Liverpool avoir autant de succès qu’ils ont eu les trois dernières saisons, la théorie de Rangnick, il y a 22 ans, apparaît comme un oracle.

Quand le Bayern a gagné 8-2 contre Barcelone la saison dernière, ils ont essayé d’empêcher Ter Stegen de repartir de derrière et ils ont même marqué après avoir récupéré le ballon près des buts barcelonais.

Manchester City a également exploité les faiblesses de Raphaël Varane avec ballon la saison dernière pour passer au tour suivant. Les erreurs de Varane ont aidé City à marquer deux buts et à sécuriser son passage vers les quarts de finale.

Des blocs défensifs de plus en plus hauts

La zone de Reece James et celle de Kyle Walker bénéficient de blocs défensifs de plus en plus hauts. Quand une équipe joue avec un bloc haut, si vous pouvez l’exploiter, vous vous retrouvez dans une situation qui peut vous rappeler une transition offensive. C’est pourquoi vous exploitez alors de grandes zones, et comme les équipes resteront compactes à l’intérieur, les appels dans la profondeur depuis des zones excentrées seront votre meilleure chance pour vous créer des occasions. Ceci est mis en évidence dans les deux exemples ci-dessous.

Dans les deux photos ci-dessous, vous pouvez voir Alexis recevoir aisément le ballon au milieu du terrain. Les joueurs de Gladbach seront attirés vers le ballon, ce qui donne à Hakimi un 1 contre 1 à négocier contre un adversaire plus lent que lui. Alexis est capable de le trouver dans l’espace. Lukaku suit le mouvement et est trouvé par Hakimi aux abords de la surface. 

Dans les photos ci-dessous, Dortmund exploite le bloc défensif haut de Bruges grâce à Thorgan Hazard et Erling Håland qui attirent leurs joueurs à l’intérieur du terrain tandis que Thomas Meunier demande le ballon dans l’espace libéré par ses coéquipiers.

Grâce à sa course, Meunier reçoit un ballon de Dahoud et est capable de trouver Håland seul devant le but.

Corners

Selon Fbref, il y a trois façons différentes de tirer un corner: vers l’intérieur, vers l’extérieur, court(autre). La fréquence de ces différents tirs est soulignée ci-dessous.

56% des buts marqués sur corner viennent de corners vers l’extérieur. Liverpool, qui aime jouer avec les données, ne prend que des corners de l’intérieur vers l’extérieur, ce que j’ai trouvé assez intéressant car on dit que vous avez plus de chances de marquer grâce à un corner allant de l’intérieur vers l’extérieur que d’un allant de l’extérieur vers l’intérieur (2,7% contre 2,2%).

La plupart des buts marqués sur corner, visent le premier poteau. J’ai donc décidé de vous montrer deux exemples de deux types de corner différents. J’ai pris un exemple Gladbach parce qu’ils ont été l’équipe qui a le plus créé et le plus marqué sur ces situations en Ligue des Champions jusqu’à présent.

But du Real Madrid face à l’Inter Milan:

But de Mönchengladbach face au Shakhtar:

Conclusion

Dans cet article, j’ai passé en revue les façons les plus récurrentes de marquer des buts en Ligue des Champions cette saison. Les données que j’ai enregistrées manuellement et d’autres recherches que j’ai trouvées nous ont aidé à tirer des conclusions sur la façon de marquer ces buts de la manière la plus efficace possible, ainsi que sur la façon de créer ces situations en manipulant certains concepts de base.