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Fiche de lecture BIG DATA FOOT (Partie 1)

Pourquoi les opinions sont ennuyeuses ?

"Un des aspects les plus attrayants du football, c'est que tout le monde peut donner son avis. Autrement dit, le football se nourrit de notre capacité à porter un jugement sur des matchs et des joueurs. Si les notes des joueurs sont si populaires, c'est parce qu'elles nous offrent la possibilité de les comparer avec nos propres observations.
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Le football, un jeu fait d'émotions, est rarement un sujet trop rationnel. La plupart du temps, les arguments sont motivés par des sentiments plutôt que des faits. Il y a une tendance naturelle à porter aux nues celui qui marque le but le but de la victoire de l'équipe qu'on supporte et à descendre en flammes celui qui commet des erreurs qui coutent cher. Mais le football n'est pas seulement ce jeu magnifiquement simple et chargé d'émotions. C'est aussi un sport très complexe : plus on le regarde de près plus les choses se compliquent."

Photo prise par la traductrice du livre : Sophie Serbini

Le monde merveilleux des jugements erronés

Bien qu'il n'ait glané aucun titre, Jorg Schmadtke est l'un des managers les plus respectés d'Allemagne. Tout simplement car en dépit des faibles moyens des clubs dans lesquels il a travaillé (Aachen, Hanovre, Cologne), ses équipes dépassèrent toujours les attentes placées en elles.

Une part importante de son succès réside dans ses qualités de scouting mais "Schmadtke a souvent été confronté à l'un des plus gros problèmes liés au scouting : la propension aux erreurs systématiques de jugement, ou "biais cognitifs", comme l'appellent les psychologues."
"Il m'arrivait d'envoyer nos recruteurs à des rencontres sans leur dire quel joueur m'intéressait". Garder ses employés dans l'ignorance n'était pas une manière étrange de tester leurs capacités, ni même un piège pour les déstabiliser. "Je voulais qu'ils regardent les matchs avec un regard neuf, libre de toute supposition. Dans le meilleur des cas ils seraient charmés par le même joueur que je trouvais intéressant."
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En procédant ainsi, il a instinctivement évité un phénomène que les économistes comportementaux appellent "le biais de confirmation". Pour faire simple : quand un recruteur sait que son directeur sportif a repéré un joueur en particulier. Il devient alors plus difficile de l'évaluer de manière objective.

Les data ne permettent néanmoins pas de procéder à une meilleure analyse en soi. Bien au contraire, les chiffres peuvent facilement conduire à plus de biais cognitifs. La tentation de choisir des statistiques qui confirment les a priori que l'on a sur un joueur est forte, tout comme celle d'écarter les statistiques susceptibles de la discréditer.

Le classement ment

Big Data Foot, page 33

18e de Bundesliga en janvier 2015, le Dortmund de Klopp est au plus mal. Après avoir mis à genou le championnat allemand, le BVB vacille. Les commentateurs s'empressent évidemment de conclure sentencieusement : "Klopp a perdu le fil", "Les équipes de Bundesliga se sont adaptés tactiquement au projet de jeu de Dortmund", "Le contre-pressing de Klopp est kamikaze et offre trop de buts à l'adversaire".

Tout le monde semble penser Jurgen Klopp comme un coach fini. Tout le monde ? Pas exactement. Car Liverpool, l'un des premiers clubs à avoir massivement investi dans les data veut absolument faire de lui son prochain entraineur. Pourquoi sont-ils les seuls à penser que Dortmund est une bonne équipe ? Les expected goals (convertis ensuite en expected points). Les expected goals de Dortmund étaient sensiblement les mêmes que les saisons précédentes. Ainsi, leurs mauvais résultats étaient simplement dûs au départ de Lewandowski pour le Bayern, et (mot banni dans le monde du foot) un manque de chance.

Ainsi, les statisticiens étaient persuadés que sans rien changer à son système, Dortmund allait remonter au classement, car la chance tournerait. Ce qui s'est effectivement passé. Les xG avaient prouvé ce que les observateurs n'avaient guère vu : Jurgen Klopp était encore un merveilleux entraineur.

"Durant l'été 2017, j'ai rencontré Peter Krawietz, un membre du staff de Jurgen Klopp depuis plusieurs années et qui l'a suivi à Liverpool. Lorsque je lui ai demandé s'il était au courant que Dortmund avait été très malchanceux lors de la première partie de la saison 2014-2015, il m'a répondu que le football était "comme un jeu d'échecs, mais avec un dé."