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Interview d'Alhoussein Diallo, agent de joueur (Partie 2)

Alhoussein Diallo, jeune agent de joueur diplômé ayant majoritairement des jeunes de centre formation, a accepté de nous parler de son métier, de ses réflexions sur cette profession, et sa vision du foot. L'entretien fut mené par Paul Clavier (P) et Ben de TACOMPO (B).

(B) Que penses-tu de certains choix de carrière ? Comme de s'exiler très rapidement à l’étranger ?

Est-ce que le mieux c'est d'attendre son tour en N3, ou alors d'aller en D2 en Finlande, en D2 en Bulgarie. Franchement y'a des pays je les conseille. Surtout aujourd'hui avec la data. Si tu fais tes performances, t'apparait sur les plateformes de data. Tu peux partir en D2 Suisse, en Finlande, si tu fais tes matchs tu vas grimper et tu peux te retrouver à jouer la Ligue des Champions. Il faut pas se fermer la porte, ça peut être des grosses expériences humaines.

(B) Tu commences à nouer ces liens avec des partenaires externes, d'autres agents basés à l'étranger ?

Les jeunes agents aujourd'hui ils ont plus cette réticence à travailler avec des agents étrangers. Par exemple, je connais quelqu'un en Finlande, j'hésite pas à travailler avec lui. Les autres agents il faut les voir comme des collaborateurs, pas des concurrents. Aujourd'hui je suis pas bon au Portugal mais s'il y a un agent qui est bien là bas, il peut trouver un club pour un de mes joueurs en U23, je vais pas faire la fine bouche.

(B) Le souci c'est peut-être le fait que tu auras moins de suivi vis-à-vis de ton joueur, tu vas pas pouvoir t'y rendre autant que désiré ?

Ca dépend de ton joueur c'est clair. t'as des joueurs qui ont besoin de t'appeler tous les jours. D'autres tu peux les laisser une semaine et y'a pas de soucis, tu l'envoies à l'étranger, dans 6 mois il parlera la langue. Quand tu le suis depuis 15-16 ans tu le connais le joueur et ses besoins.

(B) Il y a parfois l'arbitrage entre choisir le club le plus proche de la famille, des amis, avec ses avantages dans l'affect, mais potentiellement des inconvénients dans les tentations, et un club plus éloigné qui peut aussi le faire grandir en tant qu'homme. Qu'en penses-tu ?

On a beaucoup cette réflexion, surtout pour des joueurs parisiens. Des fois c'est mieux d'être loin, pas dans ta ville, où t'as grandi, où t'as tous tes potes qui vont te dire de sortir. Il faut connaître l'environnement du joueur. Est-ce qu'il a une femme, est-ce qu'il est marié, est-ce qu'il a des enfants. ça compte.

Il faut se renseigner sur le joueur, il faut lui parler. Des clubs le font, même en centre. Dans un entretien avec un club, le joueur pense parfois qu'on va uniquement lui parler de foot, et le directeur de centre de formation il lui parle de cinéma, de musique pour voir si le petit a de la réflexion, s'il est ouvert, ou alors s'il est que Fortnite et Insta.

Par exemple Metz, t'arrives pas les mains dans les poches. tu connais le club, tu connais le nom du président. Metz, Strasbourg, ils sont fiers. Ils te mettent direct dans l'ambiance. C'est un club de travailleurs.

(P) On a bcp parlé des joueurs, je voulais savoir comment ça se passait plutôt vis-à-vis des clubs ?

Alors pour les jeunes joueurs, il y a 2 solutions. En île de France, si le joueur est bon, les clubs viendront à toi. Tous les clubs t'envoient une invitation et après ça va très vite. C'est les parents qui décideront du centre, qui signeront un ANS s'il a moins de 16 ans.

Après pour les joueurs un peu plus âgés, tu peux aller démarcher. Je passe par WhatsApp. Tu passes un coup de fil, tu envoies une vidéo du joueur.

Les directeurs sportifs faut savoir qu'ils n'ont pas le temps. Dans la journée ils doivent avoir 10 agents qui l'appellent. Faut-être concis.

Ma philosophie c'est que c'est toujours mieux de le faire signer un cran en dessous. Imagine ton joueur il a le niveau pour le faire signer à Lyon, fais le signer à Rennes ou Bordeaux. Le club sera gagnant, parce qu'ils auront un super joueur. Le joueur il aura un bon salaire, il sera titulaire, dans les conditions idéales pour progresser et être exposé.

(P) On voit parfois que des joueurs fins techniquement mais pas forcément travailleurs, sont souvent laissés de côté. A quel point tu fais la discipline justement là dessus ?

Pfff... Avec les jeunes joueurs souvent c'est compliqué. Ils ressentent pas la fatigue, mais c'est un travail de l'ombre important. Il y a des joueurs tu les vois connectés sur un réseau à minuit, une heure. T'essayes de les guider sur le sommeil, sur l'alimentation.

Quand ils sont dans le centre, dans leur bulle, tout le monde a le même objectif. Mais il faut quand même leur parler. Sur un groupe de 16 joueurs, t'en as la moitié, l'hygiène de vie ça leur passe au dessus de la tête. Est-ce que ton joueur ça va être un suiveur, qui mange équilibré, qui boit pas de coca, qui ne va pas au grec ? Il faut leur parler. J'essaie d'avoir dans mon staff, un coach sportif qui va leur parler, trouver les mots et faire des tests physiques, qu'ils voient leur évolution en détente, en vitesse. C'est plus parlant pour le joueur.

(P) ça se gère comment les blessures à 15-16 ans ? Le fameux "J'étais en centre mais les croisés"

C'est un moment difficile mais ça peut permettre de revenir un peu à la vie. J'en ai eu un qui depuis une grosse blessure s'est mis à lire, il l'avait bien pris. Les clubs

Normalement quand tu te fais les croisés jeune, avec les outils de maintenant tu peux revenir, tu vas perdre peut-être un peu en explosivité mais tu peux revenir.

(P) C'est important, outre le fait de pas se blesser, le gabarit, la préparation physique ça joue beaucoup ?

En France le problème c'est qu'on catégorise beaucoup. Un défenseur central, s'il fait pas 1m90 ce sera vraiment très dur pour lui. Un milieu de terrain petit et frêle, même s'il est au dessus techniquement ce sera dur, même de le faire signer en centre.

Moi j'ai un défenseur central qui fait 1m80, le club lui a dit qu'ils allaient surement le repositionner latéral, ce qui est absurde. Il suffit de regarder les matchs de Jules Koundé pour comprendre que la taille ne fait pas le talent à ce poste. Est-ce que ta taille va te permettre d'exceller à la relance ? De bien gérer la profondeur ?

Pour que tu sautes plus haut, que tu ailles plus vite, c'est du travail en dehors du terrain, on va faire des séances en plus et puis si on doit faire de la vidéo aussi on va faire de la vidéo. Mais couper court pour des centimètres...

(P) C'est ton boulot ou le boulot du coach cette partie ?

C'est les deux, parce que le coach il a 22 joueurs. Il n'a pas le temps de tous les prendre en individuel pour faire de la vidéo. A Monaco oui, mais un centre d'une ligue 2, un peu moins. Notre rôle c'est de faire de l'individualisation.

(P) Les joueurs avec qui tu travailles ils ont quel âge ?

Ca va de 15 ans à 19 ans. Après, les joueurs de National dont je parlais c'est pas du travail. Mais c'est tout pour le moment ...

Là c'est la pire période avec le COVID. Après bon là il y a la N2 qui va reprendre, donc ça nous a mis un petit baume au coeur, mais est-ce qu'on va pouvoir aller au match ? Cette année comme objectif je me fixais d'avoir un joueur de National mais que je connais pas, qui a 20 ans et qui peut aller plus haut, le niveau Ligue 1, Ligue 2 mais bon là c'est un peu remis en question. On continue de regarder les matchs de National. Mais c'est plus compliqué quand tu ne peux pas aller au stade, tisser des liens.

T'es au stade vous discutez, c'est comme ça que ça marche. T'es obligé de faire du terrain. Que ce soit les scouts, les recruteurs de centre, c'est du terrain.

Egalement, j'ai 2 joueuses. Elles sont au Paris FC. Elles sont à l'INSEP, c'est un grand complexe. Pour les filles c'est comme Clairefontaine, c'est un pôle espoir. Elles sont dans l'équipe espoir, en U17.

(P) Pour les sélections comment ça se passe ?

J'ai pas encore eu l'occasion d'avoir un joueur envoyé en équipe de France pour le moment. Après les premières sélections U16, U17, généralement c'est les directeurs de centre qui font la liste.

Mais c'est vrai qu'il peut y avoir des agents qui sont bien avec des directeurs de centre. Mais tu peux aussi avoir des directeurs de centre qui ne veulent pas envoyer leurs joueurs en Equipe de France.

Aujourd'hui t'as des U17 qui n'ont pas d'agents. Il fait son match, tout le monde l'a vu. Il va recevoir des appels de vingt agents et de pleins de centres, de de clubs anglais et allemands.

Moi si on me propose d'envoyer un joueur en équipe de France je lui dis fonce, tant pis si je dois le perdre. Personnellement c'est un énorme tremplin. Pour le réseau, c'est top, tu rencontres des clubs étrangers. Tu parles avec des directeurs sportifs de Dortmund, de Leipzig, de l'Atletico. Parce que pour entrer en contact avec ces directeurs sportifs c'est compliqué, sauf si t'as une star. Si t'as un joueur qu'ils veulent, là ils ont ton numéro, ça change la donne. Quand tous les tournois vont reprendre ça sera un objectif.

(P) Des espèces d'agences d'agents, c'est quelque chose qui se fait ?

Oui, à l'étranger. On a un gros retard en France. Ici chaque agent est dans son coin. A l'étranger t'as des agences, Stellar, par exemple, t'as 50 agents dedans.

Je pense que c'est une question de mentalité, plus que de législation et que c'est pour ça que les agents français perdent du terrain sur les grosses stars.

Aujourd'hui tu regardes les joueurs de l'équipe de France, il n'y en a pas beaucoup qui ont des agents français.

Finalement, t'as plein d'agents français qui vont bosser pour ces boîtes là, qui leur offrent plein d'opportunités.

(P) Ce serait un objectif de plus être à ton compte et d'être recruté ?

J'avais eu des propositions et je ne suis pas fan des grosses grosses boîtes. Si t'es un gros joueurs, tu peux y aller, tout le monde te répond. Maintenant, si t'es un joueur de Ligue 2, c'est plus compliqué, j'ai des anecdotes de joueurs qui ont appelé leur agent, ils savaient même plus qui c'était, parce que l'agent il a 50 joueurs.

Pour les joueurs, pour les jeunes c'est pas le top. Mieux vaut un agent qui aura du temps pour toi.

Après je me ferme pas à l'idée de travailler avec un agent qui peut me montrer toutes les ficelles du métier, des facettes que je ne connais pas encore trop.

(P) Ca peut être une étape plus facile vers un mandat club ?

Oui bien sûr. Après les mandats clubs, avec l'arrivée de la data, si tu peux te former une petite cellule de 4-5 recruteurs qui maitrisent la data, t'as plus besoin d'un agent pour faire ton mercato. Si c'est encore le cas faut se poser les bonnes questions.