Home
Compos
Joueurs
Blog
Voir Tous Les Articles
Image :
realsociedad.eus
La Real Sociedad selon Imanol Alguacil : relancer

Véritable sensation du début de saison, la Real Sociedad sort la tête d’une crise à l'heure d'entamer la phase finale de l'Europa League. Retour sur les principes de jeu appliqués à la relance, un domaine dans lequel la formation txuri-urdin excelle.

Sur le banc du club depuis le 27 décembre 2018 après un passage en intérim de mars à juin 2018, Imanol Alguacil apporte un vent de fraîcheur sur le banc de la Real. En fait, il est même l'entraîneur à la plus longue longévité depuis le gallois John Toshack, entre 1991 et 1994. De quoi confirmer l'installation sur le long terme du basque.

Au cœur du projet du président Jokin Aperribay : la Reale Arena. En effet, le club a réalisé le plus gros investissement de son histoire avec la rénovation de l'anciennement Estadio Anoeta. D'où la nécessité de soigner l'image du club et d'attirer. Pour faire valoir la marque Real Sociedad, le jeu et les valeurs. En parallèle d'une politique très attachée à l'identité basque du club, notamment dans la gestion des jeunes, Alguacil compose avec les moyens à sa disposition pour produire un jeu protagoniste et séduisant. De quoi ravir les locaux, mais aussi à l'international.

Pour ce faire, il dispose d'un effectif homogène à sa disposition et ne s'en prive pas. La rotation est présente, mais aussi la meilleure utilisation possible de ses individualités. Ce qu'on retrouve dans le nombre de formations utilisées. Si le 4-2-3-1 et le 4-3-3 sont les principales formations de départ (on a pu observer un 3-4-3 durant la fin de saison 2019-20, un 4-4-2 cette saison), les dispositions offensives et défensives sont multiples : 3-1-4-2, 3-4-1-2, 3-4-3, 4-2-2-2, 4-2-3-1, 4-1-2-3. Cette flexibilité structurelle est une grande force, puisqu'elle permet à l'équipe de ne pas subir ses principes en étant trop rigide et d'être imprévisible sur le long terme. Ainsi, il n'est pas rare de la voir adapter son positionnement en cours de match pour remporter l'opposition structurelle ou libérer des joueurs à des points-clés.

Dans cet article, nous nous intéressons en profondeur aux relances de la Real, un outil essentiel à la réalisation du plan de jeu.

Les équipes A et B de la Real sont difficiles à définir, symboles de leur niveau sensiblement identique, et de la rotation de l'entraîneur.

La phase de relance, une étape préparatoire mais primordiale à l'application du plan de jeu

De manière générale, la Real Sociedad propose un jeu offensif, n'hésitant pas à placer un maximum de joueurs très hauts. Si une fois installé dans le camp adverse la tendance est plus à une circulation du ballon courte et patiente, repartir de plus bas est l'occasion de varier le rythme et de casser le lent avec le rapide. Ainsi, on essaie d'atteindre la surface en un minimum de temps en optimisant les circuits de passes. Pour ce faire, l'équipe se fixe des points de référence en Mikel Merino (milieu relayeur) et les latéraux. Dans cette recherche de variations de rythme et d'imprévisibilité, la phase de relance est donc une étape préparatoire mais primordiale. Elle vise à prendre à revers un maximum de joueurs adverses de manière à ensuite disposer du plus d'espace possible pour enclencher le changement de rythme. Un objectif clair qui donne lieu à des relances diversifiées.

Passes progressives par passes complétées des joueurs de la Real Sociedad en 2020-21 (Source : fbref.com)

Une caractéristique que l'on retrouve sur le plan statistique. Les milieux de terrain, particulièrement Mikel Merino, se démarquent à la progression du ballon. Un démarquage qui est la résultante du style de jeu direct des basques une fois le ballon ressorti, mais aussi du rôle tenu par ces créateurs lorsqu'ils s'insèrent entre les centraux, consistant à remonter le ballon et à trouver des lignes de passes plus directes dans le sens du jeu.

Ressortir court, l'efficacité au bénéfice de l'attractivité

La priorité des basques reste avant tout de conserver le ballon et d'assurer sa progression par une sortie courte.

La réception d'Eibar en Liga, le 12 décembre 2020, est particulièrement instructive parce qu'elle nous offre un exemple du large panel de relances de la Real Sociedad.

Dans un premier temps, Eibar vient chercher la Real très haut et ne lui laisse qu'un temps de décision réduit, de par son agressivité et son organisation. Là où un milieu décroche généralement pour relancer à trois, la hauteur du pressing adverse pousse les basques à coller la ligne de but. C'est alors Remiro (GB) qui joue le rôle de troisième relanceur et prend des risques pour trouver l'espace derrière le premier rideau.

Imanol Alguacil fait le choix de simplifier ses circuits de relance et de dynamiser en faisant ressortir le plus vite possible. En effet, renverser impliquerait une seconde phase avec de nouveaux axes de progression à trouver, ce qui augmenterait l'incertitude due aux manques de l'effectif. En délestant ses joueurs les moins techniques, il responsabilise néanmoins les plus créatifs. La situation dans laquelle Merino se retrouve ici n'est pas inédite, et la Real se retrouve donc à dépendre de quelques joueurs, sans savoir compenser quand ils n'assurent pas. On a donc ici un circuit habituel pour la Real, qui consiste à toucher un point de référence en attirant d'un côté pour ouvrir de l'autre, puis à changer le rythme.

Dans cette séquence, on retrouve une autre caractéristique inhérente aux mises en place d'Alguacil : la micro-adaptation. Elle consiste à tirer profit de détails tactiques à petite échelle. Ici, la flexibilité de la Real permet de se servir du marquage permanent de Guevara (pointe basse du 4-1-4-1 et principal point d'appui des sorties de balle) pour amener la brèche dans le premier rideau.

Une fois passé ce premier rideau, on applique un jeu en triangle : Merino s'appuie sur Muñoz (arrière gauche) pour aller toucher Isak en faux neuf. On remarque néanmoins les difficultés d'Eibar à se réorganiser une fois sa ligne haute cassée, laissant de larges intervalles derrière. Ce qui les amène à abandonner l'idée de récupérer très haut et ce qui nous amène à une nouvelle structure de relance.

Quand l'adversaire cède un peu plus de territoire à la Real, les arrières basques se déploient le plus souvent en 3-1 (3 centraux - 1 sentinelle), structure courante qui permet un meilleur quadrillage du terrain et une exploitation de toutes les dimensions. Cette disposition est aussi encouragée par la volonté de toujours disposer d'une couche de plus que l'adversaire afin de manier la hauteur de ses lignes. Ici, Eibar défend avec trois lignes (4-4-2), alors la Real se déploie avec quatre lignes, en 3-1-4-2. Face à moins de joueurs sur la première ligne, la préférence est à un 2-3 (2 centraux - 2 latéraux et 1 sentinelle), pour là aussi disposer d’un joueur dans toutes les zones arrières et occuper le terrain de manière optimale.

La sentinelle décroche pour créer la supériorité numérique face à un premier rideau de deux joueurs, elle se placera un peu plus haut face à une équipe plus passive, forçant les latéraux à se positionner plus bas mais créant un plus large éventail de solutions. Les relayeurs se déploient derrière les milieux adverses afin d'exploiter l'espace derrière le pressing.

À trois derrière, les différentes hauteurs de centraux et leur prise de la largeur permettent d'éliminer un possible pressing mais aussi de créer différents angles de passes. Le décalage peut donc être fait dès la première ligne, par le cassage de ligne, les diagonales ou le jeu en triangle.

Le circuit de passes préférentiel des basques est sans doute celui visant à toucher la sentinelle pour lancer les ailes. En jouant avec les différentes hauteurs de centraux et la conduite des relanceurs, trouver la sentinelle se révèle plutôt simple pour l'équipe. On peut observer un travail préalable dans le positionnement pour libérer un latéral et le servir dans le sens du jeu.

La fluidité d'exécution du circuit peut être renforcée par l'opposition structurelle. Ci-dessous, la Real relance en 3-1-3-3, lors de la réception de Napoli en C3 (29 octobre 2020). On peut observer que la structure défensive en 4-4-2 des napolitains favorise la sortie de balle : les ailiers fixent la ligne défensive adverse et mobilisent les latéraux en se plaçant dans l'intervalle central-latéral. Ils permettent aux latéraux de se démarquer dans la largeur et de libérer l'aile pour un potentiel appel. La ligne médiane cherche un juste milieu entre les deux autres lignes, ce qui permet à la sentinelle (ici Merino) de trouver l'espace entre les deux pointes. Les centraux ont alors la possibilité de chercher Merino, ou d'accélérer le jeu en trouvant directement les latéraux.

Néanmoins, quand c'est la pointe basse qui reçoit la sortie du ballon, la position haute des latéraux l'empêche de les trouver en première intention. On retrouve là encore la sur-responsabilisation des milieux de terrain. Ils doivent créer le décalage dès la cassure du premier rideau, par le dribble la passe. Une bonne organisation défensive adverse peut donc accroître la composante individuelle de la relance.

Quand l'adversaire s'investit à couvrir les zones axiales, les latéraux sont d'autant plus faciles à toucher. La transition vers un rythme direct est alors plus brutal, car faîte dès le départ de l'action. On retrouve le jeu en triangle vers la profondeur.

Allonger, une option multi-fonctions qui doit encore faire ses preuves

Dans un second temps, la Real peut décider de jouer long. Une option prise pour profiter de blocs longs adverses, pour presser haut à la perte du ballon ou encore face à la difficulté de sortir du pressing. Deux approches sont à distinguer dans cet exercice : une première, plus chaotique consiste à placer un bloc-équipe compact dans une zone ciblée pour y envoyer un ballon visant principalement l'attaque. Une approche jusqu'ici peu fructueuse pour les joueurs de la Real dont on se contentera d'images arrêtées.

On observe deux parties distinctes dans le bloc-équipe : un groupe à la réception du ballon et un plus en retrait, pour conserver une assise défensive. La Real conserve une proximité entre les joueurs pour contre-presser la perte probable du ballon. L'équipe adverse dispose toujours d'un avantage conséquent dans la mesure où il est plus simple pour elle d'empêcher la mise en place d'une progression du ballon que pour la Real de progresser à partir d'un ballon long et d'une organisation chaotique par essence.

« On improvise dans l'organisation mais on ne s'organise pas dans l'improvisation » - Jean-Claude Suaudeau.
Une variante proposée lors de l'Euskal Derbia le 31 décembre 2020. Les txuri-urdinak ont ce jour-là revu leur approche à la relance face aux difficultés qu'éprouvait l'Athletic à sortir du pressing, rapprochant un maximum de joueurs de la ligne arrière pour contre-presser efficacement.

La seconde approche, plus efficace, est plus imprévisible puisqu'elle consiste à conserver la structure de relance courte pour varier les sorties de balle et prendre à revers l'équipe adverse dans des zones désertées.

La Real conserve sa structure de relance courte. Le Barça, sans indication sur la nature de la première passe, se positionne haut. Les basques profitent alors de la distance entre chaque barcelonais pour sauter la sortie de balle et partir en contre-attaque. On voit la montée du latéral droit dès la prise d'appui de Remiro pour jouer long. Un attaquant redescend en pivot pour en lancer un autre dans la profondeur. On observe en réalité une tentative de création de contre-attaque à égalité numérique dans une zone définie. Ici, un 2 contre 2 (latéral droit et attaquant).

Le jeu long ne reste qu'une solution sur coups de pied arrêtés (coups francs et six mètres). Sous pression, il est difficile de mettre en place un circuit de jeu long et c'est plutôt la sortie courte ou le dégagement qui sont envisagées.

Une dépendance aux milieux de terrain problématique

Nous avons abordé à plusieurs reprises la charge de travail allouée aux milieux. Un problème récurrent qui a amené la Real à jouer long quand le créateur se retrouvait muselé. Mais peut-on en vouloir à Imanol Alguacil ? Avec un vivier de centraux constitué à trois quarts de Le Normand, Sagnan et Zubeldia, animer une relance ressemble plus à une opération bricolage qu'à une peinture où toute créativité pourrait s'exprimer. En effet, ce ne sont pas les meilleurs joueurs balle au pied et pour fluidifier les circuits de passes, l'entraîneur est bien contraint de trouver d'autres pôles de progression du ballon, restreignant les centraux au contrôle du tempo et à la création d'espaces. La perte non-remplacée de Diego Llorente (Leeds United) a affaibli le secteur et le duo qu'il formait avec Aritz Elustondo, seul réconfort technique dans cette défense, était bien plus enthousiasmant avec ballon.

La fiche InStat d'Aritz Elustondo met en évidence ses attributs à la relance

La Real exploite néanmoins sa dépendance en tirant le meilleur de chacun des créateurs. Il est par exemple parfois donné à Martín Zubimendi de grands espaces qu'il arrive à couvrir grâce à sa lecture du jeu et sa proactivité. On peut ainsi déployer les relayeurs plus hauts et faire pression sur l'arrière-garde adverse. Il occupe néanmoins la plupart du temps la position de troisième relanceur. Lancé lors de la reprise du championnat après le confinement, il monte en puissance cette année, régalant les observateurs de son élégance.

Ander Guevara, déjà vanté l'année dernière pour son statut d'homme de l'ombre, est lui capable de porter plusieurs casquettes. Milieu de terrain positionnel comme son coéquipier Zubimendi, il peut s'insérer entre les défenseurs centraux, se positionner devant eux pour ouvrir la brèche, se déployer plus haut comme deuxième étape d'un triangle ou directement en tant que troisième homme. Une polyvalence qu'Imanol Alguacil ne se prive pas d'exploiter.

Jon Guridi est un second couteau utile à la rotation aussi capable d'assumer une titularisation dans une rencontre importante. Moins à l'aise balle au pied, il dispose d'un volume de jeu unique dans l'effectif.

David Silva n'est plus à présenter. Clé de l'ouverture de la surface, il s'active sur tous les fronts pour permettre au ballon de continuer sa progression verticale une fois atteint le dernier tiers. Il libère les espaces essentiels à l'exécution de passes longues par son positionnement et livre d'excellents ballons aux attaquants. Par 90 minutes, il délivre en moyenne 8.3 passes progressives (définition fbref), 6.02 passes dans le dernier tiers dont 4.32 dans la surface de réparation, et 3.07 passes menant à un tir. En ce qui concerne les deux premières, seul Lionel Messi fait mieux en Liga.

On retrouve l'influence de David Silva en s'intéressant à la provenance des passes réussies à destination de la surface, où on remarque un groupement sur l'axe droit qu'il occupe. (Merci à @analyticsLaLiga pour le visuel)

Enfin, Mikel Merino est le deuxième joueur le plus utilisé par Imanol Alguacil, après le gardien de but Álex Remiro, avec 85% des minutes jouées toutes compétitions confondues. Et quand on l'observe, on comprend pourquoi. Généralement relayeur gauche au départ, il est le cœur du jeu des basques et est amené à beaucoup se déplacer au cours du match.

Comme vu précédemment, la gestion du tempo est un des principaux axes de jeu de l'équipe, et il en est l'interrupteur. Commandant à quel rythme doit battre l'offensive, il mène aussi ses coéquipiers par sa rigueur. Il est particulièrement bon dans sa gestion du ballon, que ce soit pour fixer son opposant et trouver dans l'intervalle, servir dans la profondeur ou porter le ballon sur plusieurs mètres. Il constitue également un intermédiaire important dans la conservation du ballon, par son placement, lorsque la Real décide de jouer la possession.