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Les Gunners loin du but

Après deux semaines de trêve internationale, les désirs des fans de foot sont redevenus réalité : le football de club reprend ses droits et nombreuses sont les équipes qui espèrent que cette pause saura les faire repartir sur une nouvelle dynamique. Parmi elles Leeds et Arsenal certainement.


D’un côté les Peacocks, très séduisant face à Liverpool ou City, battant 3–0 le Villa qui avait écrasé Liverpool 7–2, sont à la peine depuis 2 matchs. Les hommes de Bielsa ont en effet concédé 2 défaites face à Leicester et Crystal Palace ; des confrontations qui avaient mis en exergue le principal défaut de cette équipe cette saison : le réalisme. A Leeds de montrer qu’ils peuvent faire mieux que se reposer sur Bamford qui a autant de facilités pour marquer que pour manquer.

De l’autre côté les Gunners sont toujours en gueule de bois de leurs titres de fin d’année. La formule en 3–4–3 trouvée par Mikel Arteta en fin de saison avait permis aux Gunners de remporter la FA Cup et le Community Shield mais s’est depuis essoufflée. L’ambition des Gunners de repasser à 4 derrière afin de proposer un jeu plus léché offensivement se heurte à la dure réalité de leur apathie offensive. Ils n’ont scoré que 9 fois depuis le début de saison, mais contrairement à Leeds, l’origine de ce mal vient de leur incapacité à se créer des occasion, eux qui n’ont généré que 10 xG, la faute peut-être à une attaque qui se repose exclusivement sur Aubameyang.

Mikel Arteta innove donc dans ce match. Exit Lacazette et l’intérim pourtant probant d’Aubameyang à gauche, le gabonais retrouve l’axe et grâce aux présences de Pepe et Willian on s’attend à voir une équipe en 4–3–3 avec des ailiers proches de la ligne pour provoquer en 1v1, bien aidés par des milieux percutant balle au pied et capables de faire la transition après la sortie de balle. Avec par dessus le marché Tierney et Bellerin aussi reconnus pour leurs qualités offensives, on peut se dire qu’Arteta a profité de la trêve pour insuffler une dynamique fraiche à son équipe avec une équipe qui va jouer les transitions à fond pour punir Leeds.

Des Gunners appliqués mais sans inspiration

L’objectif est clair pour Arsenal, échapper au pressing du milieu en touchant directement l’un des 3 offensifs qui pourra faire son appui-remise à un des milieux face au jeu pour se projeter. La théorie est bonne mais très mal exécutée.

Au lieu d’attaquer l’espace libre au milieu du camp adverse, Ceballos joue sur Willian esseulé et dos au but qui perd le ballon. Tierney, Aubameyang ne lui proposent aucune solution. une autre action similaire intervient quelques minutes plus tard.

Willock fait le bon choix mais derrière Bellerin ne voit pas que Pepe s’engouffre et préfère la donner à Aubameyang dans un angle très fermé.

Les Gunners sont en panne d’inspiration sur ces mouvements, chacun a ses torts : Ceballos maladroit et peu en jambe redescend souvent assez bas pour toucher la balle mais manque de prise d’initiative pour porter la balle et le danger. Des latéraux peu en jambe qui ne montent que trop rarement. Willock, très percutant sur ses prises de balles et sur les premiers mètres se retrouve plusieurs fois esseulé au milieu du camp adverse à court de solution, la faute à un marquage individuel très stricte des hommes de Bielsa.

Aucun des 3 attaquants n’offre une solution en profondeur ou ne libère un espace par un Willock trop tendre lui aussi qui est repris. Leeds tient bon.

Face à son incapacité à construire offensivement, Arsenal s’en remet donc à Willock, Ceballos ou Pepe pour un exploit par le dribble suivi d’une frappe mais toutes ces tentatives sont non-cadrées et ne donnent rien.

Ce manque de solutions en camp adverse d’Arsenal est certes exacerbé contre une équipe qui pratique un marquage individuel aussi strict. Mais il est loin d’être nouveau. Seules 35% de leurs possessions parviennent jusqu’au dernier tiers adverse, ce qui les place seulement 14e de la ligue... Les Gunners sont excellents pour faire circuler la balle dans leur camp, et la ressortir proprement mais passée cette ligne médiane ils perdent tous leurs moyens, les circuits ne semblent pas travaillés alors que l’on connait pourtant les principes qui guident Arteta et la minutie avec laquelle il les travaille, comme en témoignent les fameux deux buts identiques.

Face à ce soucis, et à ce manque d’automatismes pour mettre leurs joueurs offensifs dans des bonnes conditions, ils ont notamment abusé de longs ballons (stériles eux aussi) face à Leeds ce week-end. Fils spirituel de Guardiola on attend beaucoup plus d’ Arteta qui a su enchanter tout son monde lors de la fin de saison mais qui a du mal, à l’image de son mentor, à rassembler ses troupes cette saison. Le problème est-il physique ou dans les couloirs comme le laisse présager la dispute entre Ceballos et D.Luiz qui a éclaté à l’entrainement. Attention à la chute car pour échouer ou réussir, ce groupe est doté d’un fort potentiel.

Presser pour profiter des espaces ?

Si les Gunners sont incapables de s’installer en camp adverse et de ressortir proprement le ballon sans s’appuyer sur leur trio d’attaque, ils ne sont pas non plus en capacité d’aller chercher les ballons dans les pieds de l’adversaire dans cette zone. Le pressing apathique des joueurs d’Arteta ne gêne absolument pas ceux de Bielsa pour ressortir la balle. Alors que les 3 milieux d’Arsenal exercent un marquage individuel (assez laxiste) sur leur vis-à-vis de Leeds, les hommes de Bielsa procèdent souvent par renversements de jeu, ou avec leur gardien pour aspirer les Gunners et libérer Philipps. Ce jeu dans leur camp est facilité par le pressing des joueurs d’Arsenal, décousu et désorganisé. Un coup c’est Willian qui y va pendant que les autres regardent. Puis c’est Aubameyang puis c’est Pepe. Les attaquants sont au rythme des 3–8. Cela se ressentira en fin de match avec un PPDA de 15.60 (loin de celui de Leeds avec 6.88 ou même de leur moyenne la saison passée, 12.4) qui reflète bien la capacité qu’ont les joueurs de Leeds à recevoir sans être pressés, lever la tête puis la donner. Sur chaque prise de balle, le rouge le plus proche à à 3 mètres.

Inverser la dynamique en seconde

A la mi-temps, Arteta fait ce qu’il aurait du faire depuis plusieurs journées et sort enfin Willian remplacé par Reiss Nelson. Objectif vivacité percussion par le dribble pour sortir de l’apathie de la première période, avec et sans ballons. On ne cherche pas un salut collectif mais bien individuel toujours. Le déséquilibre doit provenir du dribble, pas de décalages par la passe. On se dit tout de même que si le trio Nelson, Willock, Pepe décide de combiner aux abords de la surface et d’être plus percutants qu’en première période, il peut y avoir un espoir pour Arsenal.

Malheureusement Pepe prend cela au pied de la lettre et nous offre un coup de boule plus proche de ce que ferait un joueur de district qu’un hommage à Zizou. Prémonition pour sa carrière ? Ne soyons pas médisant mais alors que son profil est exactement ce qu’il manque offensivement aux Gunners, son explosion se fait plus qu’attendre. Ce geste inacceptable aura peut-être une vertu cathartique pour lui et pour le groupe.

Tenir

Le salut d’Arsenal pour accrocher le point du nul est venu de son meilleur joueur offensif depuis le début de la saison. Du haut de ses 19 ans (fêtés le 5 septembre), Saka occupe son traditionnel rôle entre ailier, piston, relayeur gauche pour les Gunners qui, par intermittence, quand l’anglais touche la balle en contre, donnent presque l’impression d’évoluer à 11. Il est celui qui finit avec les xG, Key passes et xGChain (Total xG of all the possessions the player is involved in) les plus élevés chez les Gunners. Pas mal pour un joueur entré dans une équipe à 10 à la 57e. Inquiétant en revanche d’un point de vue collectif.

Un point sur Leeds

En face, Leeds s’est montré très entreprenant. Si l’axe a été bouché par Gabriel, les promus investirent les côtés et multiplièrent les tirs durant le dernier quart d’heure de la première période. Le manque de réalisme et la malchance vont en revanche une nouvelle fois envahir les joueurs de Leeds. “Action pas but” comme dirait Thierry Henry. Mais à la 70e quand Rodrigo, très adroit dans la finition entre en jeu on se dit que le match va définitivement tourner à l’avantage des promus. Lui aussi malheureusement se cassera les dents dans l’exercice. Les hommes de Bielsa finiront en ayant touché 3 fois les montants en 25 tirs (cumulant 1.96 xG).

Leeds est la deuxième équipe de PL en xG - wyscout

Quels motifs d’espoirs ?

Avec la trêve on pensait qu’Arteta avait eu le temps de préparer son équipe pour le rush du mois de décembre. Ses troupes apparaissent épuisées mais ce n’est pas là la seule excuse d’une équipe qui n’a presque aucun automatisme dans les 30 derniers mètres. Certes Arteta a réussi le chantier des 30 mètres les plus proches de Leno avec ou sans ballon en 6 mois, et le club a glané 2 trophées sous son mandat pour le moment. Mais la façon avec laquelle son équipe régresse depuis 2 mois est inquiétante.

Par dessus le marché les Gunners ne peuvent plus s’appuyer sur la réussite de PEA. Homme fort voire providentiel de la ligne offensive ces deux dernières années, Aubam souffre depuis le début de saison d’une légère traversée du désert. Avec seulement 2 buts en 9 journées, le gabonais est loin de ses statistiques habituelles et c’est toute l’équipe d’Arsenal qui en pâtit. La revue d’effectif des joueurs offensifs montre un criant manque de finisseurs. Les standards statistiques de Pepe, Lacazette (pourtant en verve depuis le début de cette saison) ou Willian sont loin d’approcher ceux de PEA et sans lui les Gunners ne tirent plus, ne scorent plus.

Stats saison 2019-2020
Stats saison 2020-2021

Le retour à leur niveau français de Lacazette ou Pepe, ou l’éclosion d’une nouvelle pépite, plus offensive que Saka (Nketiah, Martinelli) est ce qu’il manque pour le moment à Aubameyang qui brille lorsqu’il est bien accompagné. C’est justement dans ce rôle à la CR7, de second attaquant repiquant depuis son côté gauche où le latéral et le relayeur sont très présents qu’ Aubam est au sommet de son art. Arteta a trouvé un système hybride qui met parfaitement en valeur ses qualités, entre le 4–3–3 et le 4–4–2 avec Saka tantôt relayeur tantôt ailier gauche et Aubameyang tantôt ailier, tantôt buteur.

Si cette animation fonctionne à nouveau pour le côté gauche, il faudra encore décider de celle du côté droit (Pepe rechigne toujours à prendre ses responsabilités) et du liant entre les deux (Arteta ne semble toujours pas avoir trouvé la bonne formule au milieu) pour pouvoir prétendre aux places européennes. Il leur faudra engranger les victoires très vite tant les prétendants (la C1 semble à des lieux des Gunners tandis qu’il faudra batailler pour composter un billet pour la C3) sont légions cette saison en Angleterre.

Recruté pour que cette équipe recommence à rêver, Arteta a su redonner l’envie à ses joueurs, allant même jusqu’à s’imposer dans le théâtre des rêves pour la première fois depuis 2006. Mais l’esprit de ses joueurs semble resté dans les nuages depuis cet été, ainsi que leurs jambes. Malheureusement pour eux l’ Europa League et la Premiere League sont impitoyables pour les fêtes de fin d’année, et le menu sera copieux avec Everton, City et Chelsea en 1 semaine notamment. La gueule de bois et les courbatures qui l’accompagnent pourraient bien durer, à moins que la fougue d’une jeunesse en quête de temps de jeu ne donne un second souffle à un groupe en souffrance.