Home
Compos
Joueurs
Blog
Voir Tous Les Articles
Image :
Getty Images
Les raisons d’un Manchester City sans saveur

Manchester City a gagné ses deux rencontres face à Dortmund et accède donc au demi-finale de Ligue des Champions pour la première fois du mandat de Pep Guardiola. Je n’ai pas forcément été emballé par leur performance sur les deux matchs mais cette qualification reste tout de même justifiée: City a concédé très peu d’occasions et s’en est créé assez pour passer ce tour. Cependant, il y a quelques éléments qui ont poussé City à changer leur approche. Je vais d’abord vous parler du rôle de João Cancelo dans cette équipe de City depuis le début de saison puis je vais passer en revue les différents événements des deux matchs contre Dortmund pour vous permettre de mieux comprendre les différents choix de l’entraîneur espagnol.

Rôle de Cancelo

Tout d’abord, le positionnement de Cancelo lorsque City est en phase de relance n’est absolument pas différent de ce que Clichy, Sagna ou bien encore Walker ont proposé sous Guardiola.


Défensivement, c’est un latéral, mais offensivement Cancelo, Clichy ou bien encore Sagna jouent à l’intérieur du jeu pour être plus impliqué mais aussi pour créer plusieurs avantages pour les joueurs les plus avancés. Vous pouvez le voir sur la vidéo ci-dessous, tirée du match contre Mönchengladbach.

Cancelo rentre à l’intérieur et essaye de faire les bons choix pour faire progresser le jeu de son équipe, que ce soit par la passe ou par ses déplacements. Lorsqu’il reçoit le ballon, il essaye de toujours trouver la passe la plus pertinente. S' il trouve de l’espace entre les lignes, il fera la passe. Sinon, il passera la balle au joueur libre sur le côté pour pouvoir contourner la pression adverse.

Guardiola souhaite que Cancelo évolue au milieu de terrain pour se prémunir contre les contre-attaques et défendre "avec le ballon". Il a déclaré : "En Allemagne, c'était complètement différent. La raison principale est d'avoir plus de personnes au milieu pour passer le ballon et d’être réactif quand vous le perdez. Mais c’est surtout pour avoir plus de joueurs, quatre, cinq, six joueurs, quand vous faites des passes courtes et avez plus de contrôle. C'est la seule raison pour laquelle j'ai choisi de mettre Cancelo à l'intérieur du jeu."

Ce qui change avec Cancelo par rapport aux autres latéraux ayant fait le même rôle que lui réside dans son profil. Le portugais est un joueur capable de faire des courses dans le dos de la défense mais plus généralement de se positionner dans les intervalles à l’intérieur du jeu quand City est haut sur le terrain.

Ce sont ses aptitudes hors du commun par rapport à la majorité des latéraux d’Europe qui lui permettent de donner quelque chose en plus à Guardiola. 

La différence d’exécution entre Cancelo et Sagna/Clichy/Delph/Zinchenko/Walker en raison de la différence de qualité (que ce soit dans l’intelligence de jeu ou plus simplement dans la technique de passe ou de projection) est donc frappante. 

Lorsqu’il est plus bas, Cancelo est dans le double pivot de City et cela donne plusieurs avantages, plus ou moins importants. Premièrement, cela permet à Sterling (un ailier droitier) de garder la largeur côté droit tout en ne surchargeant pas l’aile pour optimiser l’occupation de l’espace.

Ceci peut créer des différences lorsque le latéral adverse doit se montrer agressif sur l’ailier de City(qui est ici Sterling finalement) car ça ouvre de l’espace entre le central et le latéral adverse pour les courses si caractéristiques de De Bruyne. On peut le voir ci-dessous.

Ensuite, cela permet une meilleure occupation de l’espace si on la compare à ce qui était fait en début de saison. 

Guardiola aime que ses joueurs occupent le terrain dans la moitié adverse et c’est donc tout naturellement qu’avoir des ailiers très hauts pour occuper les latéraux adverses libèrent de l’espace pour Gundogan et De Bruyne(ou Bernardo). 

Ensuite, les positions de Cancelo sont différentes suivant les zones occupées par le bloc Citizen. 

Comme face à Liverpool depuis les deux dernières années, Guardiola voulait combattre le pressing en 4-3-3 de Liverpool. Pour combattre ce pressing, Pep avait instauré une ‘boîte’ entre les deux centraux et le double pivot de City. Quels sont les bénéfices de cette boîte dans la phase de construction? 

Dans n’importe quelle situation rencontrée dans la phase de relance, les joueurs de City auront l’avantage numérique contre le 4-3-3 de Liverpool. Si Salah et Mané décident de fermer l’accès aux latéraux, alors Firmino est dans une situation de 2 contre 1 face à Cancelo et Rodri.


Pour résumer, le positionnement de Cancelo permet d’avoir plus de contrôle avec ballon mais également de se prévenir des contres adverses. On va maintenant passer à la partie la plus importante: les deux matchs face à Dortmund.

Les événements du match aller et Guardiola qui prend exemple sur la seconde mi-temps du match aller pour le match retour

Durant la première mi-temps du match aller, City jouait dans un 3-2-5 en phase offensive avec Cancelo et Rodri dans le double pivot et Walker central droit. Je l’ai vu tellement de fois cette saison que j’en étais heureux de le voir une nouvelle fois la semaine dernière: “Pep a décidé de s’y tenir, il a trouvé son équipe et ne la change plus”. Mais la première mi-temps du double pivot Citizens laissait à désirer : incapacité à trouver les joueurs dans les intervalles et un bloc de Dortmund qu’ils n’arrivent pas à bouger par leurs déplacements.

Voici ce qu’a dit Guardiola après le match: «Pour atteindre la zone de vérité avec qualité, nous devons être bons dans la construction et aujourd’hui nous n’avons pas réussi. Cancelo et Rodri n’ont pas été intelligents avec le ballon, recevant dans une bonne position pour leurs collègues et cela a rendu difficile de faire ce que nous voulions »

Le pressing était alors la meilleure arme des Cityzens dans cette première période et c’est d’ailleurs sur une perte de balle de Bellingham que les anglais marquent le premier but de la confrontation.

Après la performance du double pivot en première mi-temps, Guardiola a donc décidé de passer dans une configuration où Cancelo jouait comme un latéral et non plus comme un milieu. Cela obligeait donc Gündogan à redescendre plus bas, quelque chose qu’il fera de nouveau lors du second match.


Manchester City se crée plus d’occasions en seconde mi-temps, à chaque fois grâce à Foden, mais ils se renient. Avec un Gündogan plus bas, le jeu de City était plus stéréotypé et c’est d’ailleurs grâce à une course dans le dos de la part de l’allemand, quelque chose que l’on a que peu trop vu à l’aller mais également au retour, que vient le second but des anglais.

Lors du second match, Guardiola n’a pas voulu changer cette formule gagnante de la seconde période. Cancelo a beaucoup joué avec le Portugal durant le break et n’a pas été très bon depuis qu’il est rentré. Il avait déjà du mal les quelques semaines avant le break et c’est donc tout naturellement que Pep avait quelques doutes sur l’impact qu’il pouvait donner à l’équipe. Il a donc décidé de mettre Cancelo sur le banc.

Cependant, en faisant le choix de jouer comme durant la seconde mi-temps du match face à Dortmund avec les latéraux traditionnels, Pep a dévié de ce qui rendait son City si bon. Aucune possibilité de battre les latéraux en 1 contre 1 pour Zinchenko et Mahrez ou Walker, aucune course dans le dos de la défense par les milieux de City car ils devaient déjà énormément bouger entre les lignes pour trouver des lignes de passe.

Maintenant que l’on a dit tout ça, essayons de comprendre pourquoi Guardiola a tout de même fait le bon choix en jouant avec ses latéraux de façon traditionnelle malgré que ça ait provoqué un manque de folie de la part de son City. 

Il faut savoir que Dortmund fermait très bien les espaces intérieurs, à l’aller comme au retour. Grâce à ce positionnement, ils obligent les joueurs de City à jouer en périphérie. 

C'est donc tout naturellement que Pep s’est senti obligé de mettre plus de joueurs sur les couloirs pour créer des situations de surnombre. Cela leur a permis de se créer plusieurs occasions en première mi-temps, avec des joueurs venant aider Zinchenko côté gauche pour pouvoir trouver des espaces à l’intérieur, comme ils avaient pu le faire face à Mönchengladbach: jouer à l’extérieur pour trouver ensuite l’intérieur.

Malheureusement, le vrai problème de cette stratégie pour City réside dans l’utilisation de Gündogan. 

Gündogan a connu un début de saison compliqué en étant dans le double pivot de City. Peu de mouvements entre les lignes à part De Bruyne pour l’équipe de Guardiola et une incapacité à faire la différence depuis une position reculée pour l’allemand. 

Après le match aller face à West Brom, Pep décida de changer parce qu’il n’était pas satisfait de son équipe. Tous les joueurs avaient moins de distance à parcourir pour se trouver dans les petits espaces et les changements de position étaient plus fréquents, déséquilibrant le bloc adverse. 

Résultat: une série de 21 victoires d’affilée avec un Gündogan étincelant dans son rôle de milieu offensif au côté de De Bruyne. Sa capacité à faire des appels dans la profondeur lui ont permis de marquer plusieurs buts importants durant cette série de victoires,à tel point qu’il est le meilleur buteur de City cette saison.

Durant le match retour face à West Bromwich, Gündogan marque le premier but de la partie tandis qu’il débloque la situation face aux Spurs en marquant les deux premiers buts de la partie pour les hommes de Guardiola.


Cette capacité de Gündogan à prendre la profondeur était alors très peu exploitée par City durant le match retour avec un Gündogan très souvent positionné en retrait. On le voit ici avec le ballon avec Walker qui a la tâche de faire l’appel dans la profondeur mais depuis une position excentrée.

Il y avait donc peu de joueurs capables de proposer des appels dans le dos de la défense, facilitant la tâche des défenseurs adverses. 

Cela a un peu changé au retour des vestiaires, surtout sur le but. Bernardo Silva et Foden ont décidé de faire des appels dans le dos de la défense, et sans cette initiative, le pénalty provoqué par un centre consécutif à un appel de Bernardo Silva n’aurait probablement jamais eu lieu.


Conclusion

Malgré une performance pas nécessairement impressionnante, City a su s’adapter à son adversaire pour contrôler les deux matchs. Cependant, en n’emballant pas le match, ils se sont exposés à un retour de Dortmund et auraient même pu le payer plus cher avec les 15 premières minutes d’hier soir où ils concèdent un but de Dortmund.