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Action Images
AVB et Pardew, les hommes qui ont défié les DATA...pour un temps

Du pouvoir de la coïncidence

Big Data Foot, page 49

La saison 2011-2012 de Newcastle reste dans l'esprit des supporters des Magpies comme l'une des meilleures depuis l'ère Keagan, puis Robson au début des années 2000. La cinquième place devant Chelsea et Liverpool fut un exploit retentissant.

"La faible différence de buts de Newcastle saute tout de suite aux yeux. Ils n'ont inscrit que cinq buts de plus que ce qu'ils ont encaissé. Or, être bien classé avec une faible différence de buts peut indiquer que l'équipe a eu la chance de son côté.
Cette année-là, Newcastle a joui d'une très bonne répartition des buts. Huit de leurs matchs ont été remportés par un but d'écart tandis que neuf l'ont été par deux.

De même, en regardant de plus près le nombre de tirs cadrés nets de Newcastle - c'est-à-dire le nombre de tirs cadrés par l'équipe moins ceux de l'équipe adverse, on s'aperçoit que le club est sixième plus mal classé de la ligue dans cette statistique.

Une production identique pour un résultat aux antipodes

Après avoir reçu des félicitations pour sa superbe saison, Newcastle est tombé à la seizième place la saison suivante, évitant de peu la relégation. Encensé par tous au point qu'on lui offre une prolongation de contrat de huit ans (oh my les indemnités...), celui dont on saluait l'audace est devenu pestiféré.

Pourtant si l'on en croit ses xG et la distribution des points qui en découle, les performances de l'équipe sont quasiment identiques.

Lors de deux campagnes, les hommes d'Alan Pardew se sont créé autant d'occasions qu'ils en ont concédé. Mais ils ont pris 19 points de plus que prévu lors de leur première saison, et trois de moins lors de la suivante.

En somme, ils ont été félicités pour avoir eu de la chance avant d'être blâmés pour leur malchance."

L'OM 2019/2020, un Newcastle 2.0 ?

La saison précédente fut une édition particulière : Monaco et Lyon sont décevants au point de changer d'entraineur en cours de route, et l'interruption du championnat stoppa net dans son élan l'excellente deuxième partie de saison lilloise. Au milieu de ce marasme, l'Olympique de Marseille fut stable et régulier : terminant sereinement deuxième avec 6 points d'avance sur Rennes, et 15 points sur Reims, cinquième.

Wyscout - Points vs Expected Points

Mais si l'on regarde de près les stats avancées, on constate l'extrême réussite de l'OM. En effet selon les expected points - différence entre les buts marqués et les buts encaissés attendus (xG-xGA), Marseille a pris 15,5 points de plus que la prédiction du modèle statistique. Gigantesque écart.

Wyscout - xG vs Buts réels

La réussite fut d'abord offensive pour les Marseillais, avec 41 buts marqués pour 35,57 xG, soit un différentiel de +5,5 xG, quand Lille est à -6,7 xG. Statistique qu'on ne peut expliquer par le seul talent offensif de l'effectif, comme ce peut être le cas du PSG avec Neymar, Mbappé, Di Maria ou Icardi. Les meilleurs joueurs cassent régulièrement le modèle d'expected goals, on le sait. Mais outre Payet, peut-on mettre dans cette même catégorie Benedetto (12 buts), Sanson (5 buts), Radonjić (5 buts), Strootman (2 buts), Germain (2 buts)..? Rien n'est moins sûr.

Wyscout - Tirs cadrés

Statistique encore peut-être plus éloquente pour illustrer la réussite offensive de l'OM : le nombre de tirs cadrés/match. Dans cette catégorie, les Marseillais pointent à la 16e place, avec seulement 32,6% de tirs cadrés en moyenne par match, quand Paris, Nice et Monaco dépassent les 40%.

Enfin, sur 28 matchs Marseille en a gagné 10 par un but d'écart, maximisant donc la répartition de ses buts marqués.

A la lumière de cette analyse, la conclusion est évidente : l'OM doit sa deuxième place à la chance plus que tout autre argument. Sauf que...

AVB n'est pas Alan Pardew

Sauf qu'après 9 journées, AVB est encore en train de nous refaire le coup. 10e du championnat en expected points, l'OM occupe tranquillement la 4e place du championnat grâce à son différentiel de +5 points quand Lyon est -7, et surtout quand Lorient qui possède le même nombre de xP pointe à la 17e place avec son différentiel de -3 points.

Wyscout

Dès lors nous sommes en droit de nous demander : AVB ne serait-il pas un excellent entraineur, capable de sublimer les forces de ses équipes, et exploiter les faiblesses de ses adversaires, au point de faire déjouer les data ?

Villas-Boas est-il Lucien Favre ?

Défier le modèle statistique sur un match, sur une série de rencontres, voire sur une saison entière (Montpellier 2012, Leicester 2016) on le conçoit. Mais sur plusieurs saisons, voire sur une carrière est-ce possible ? Ca l'est pour un seul homme : le génie suisse Lucien Favre.

Lucien Favre est le seul entraineur au monde à avoir marqué 20% de buts de plus que ses xG, et ce, trois saisons d'affilée. "Favre savait toujours comment tel adversaire réagissait, quelle que soit la situation donnée. Favre a un sixième sens pour prédire correctement la composition de l'équipe adverse, ainsi que les tactiques utilisées. Durant la semaine, à l'entrainement, il préparait ses joueurs à quatre ou cinq situations auxquelles ils devaient s'attendre, ou encore qu'ils devaient provoquer durant la rencontre."

De part son sens tactique unique, Favre savait donc quelles zones du terrain devaient être exploitées à chaque rencontre, afin de maximiser les chances de marquer.

AVB et la loi de Murphy

Alors AVB est-il le digne héritier de Favre ? Il nous faudra encore attendre pour obtenir une réponse certaine à cette interrogation. Mais ce dont on est sûr, c'est que son OM n'a rien de comparable en termes de maitrise tactique aux équipes de Lucien Favre. Le système Villas-Boas ressemble davantage à celui de Didier Deschamps, autre entraineur à succès pourtant décrié dans la cité phocéenne : miser sur une assise défensive compacte et robuste, des milieux de terrain qui ne doivent pas dépasser leur fonction de récupérateur, une ligne offensive esseulée mais chargée de par leurs 1v1 de créer des déséquilibres, un gardien incroyable et une maitrise totale des coups de pieds arrêtés.

Mais ce chemin finit très souvent en cul de sac : on ne peut demander éternellement à des joueurs dont la passion est le ballon de soigneusement l'éviter. On le voit déjà avec l'implication défensive de plus en plus erratique des joueurs offensifs. Ils sont fatigués de travailler sans être récompensés par du jeu.

Les buts de l'OM saison 2020/2021 - Whoscored

Il suffit de voir l'attente déraisonnable autour du jeune Cuisance pour égayer et fluidifier l'animation offensive de Marseille pour comprendre que le mal est profond. Aussi talentueux soit-il, ce dernier ne pourra masquer à lui seul les carences offensives marseillaises, ou la faiblesse des circuits de passes.

Constat éloquent si l'en est : Marseille est plus à l'aise à l'extérieur, là où on lui pardonne davantage d'abandonner le jeu à ses adversaires, pour le punir sur quelques séquences. A domicile, les supporters attendent de l'ambition et de la maitrise offensive, or c'est sans ballon que les joueurs d'AVB sont les plus dangereux. 

Pour s'en convaincre, il suffit de revoir le premier match de C1, où l'Olympiakos qui avait fait ses devoirs a sciemment laissé la possession à l'OM, sachant pertinemment que c'est lorsqu'ils ont le ballon dans les pieds qu'ils se désorganisent.

Le parallèle avec l'OL de Rudi Garcia est immédiat : pour les équipes qui travaillent peu tactiquement, évoluer en bloc bas suffit pour obtenir des points. 

Dès lors nous sommes en droit de penser qu'AVB doit bien plus son succès à la chance que tout autre chose. Et que selon la Loi de Murphy : "Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera mal."