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AFP
Tactique : Les enseignements de Portugal - France

On a suffisamment vu de purges pour reconnaitre du foot quand on en voit. Hier fut l'une des meilleures mi-temps de cette équipe depuis deux ans. Le double pivot Pogba-Kanté n'a que peu d'égal dans le monde et on s'en est encore rendu compte hier soir.

1/ Les systèmes de jeu

Comme presque toutes les équipes du monde désormais, l'Equipe de France avait deux systèmes de jeu : l'un sans ballon, l'un avec.
Avec ballon l'EDF était positionnée dans un 32221 :
- Pavard/Varane/Presko en charnière
- Double pivot Kanté/Pogba avec Pogba à la relance
- Griezmann/Rabiot dans les demi-espaces
- Hernandez/Coman dans les couloirs
- Martial en pointe

Sans ballon l'EDF était dans un 442 à plat classique pour disposer de trois lignes et couvrir la largeur.

2/ Griezmann retrouve sa liberté dans l'axe et ça change tout

Griezmann était libre de se positionner entre les lignes portugaises pour orienter le jeu. Ici il est trouvé par Kanté d'une passe qui efface 4 joueurs : Griezmann a tout le temps de contrôler et de se mettre dans le sens du jeu.

Griezmann aurait pu se retourner mais choisit de remiser pour Pogba. Ce dernier va trouver une passe magistrale pour Martial qui remisera en une touche pour le troisième homme cher à Pep : Griezmann.

Griezmann peut alors progresser sans entrave et va retrouver Martial d'une passe croisée délicieuse.

3/ Un petit Portugal

Le Portugal semblait émoussé physiquement, mais également friable tactiquement. Son bloc n'avait pas la compacité habituelle, peu de pressing, et beaucoup de difficultés à cadrer le porteur. Danilo Pareira, le néo-parisien, fut particulièrement critiquable sous cet aspect.

Varane complètement oublié sur CPA
Espace important entre les lignes qui a pu profiter à Griezmann et parfois Rabiot

4/ Enfin des circuits de relance

Pogba a clairement permis de sécuriser un domaine déliquescent depuis des mois : la relance. Mais il ne fut pas seul, Pavard avec son pied très fiable nous a également permis de casser des lignes et progresser dans le camp adverse.

Parce qu'on parle le même foot entre Bavarois, Pavard allonge le long de la ligne dans une zone très difficile à défendre pour l'adversaire (compliqué de presser le porteur aussi bas, et difficulté pour les milieux de couvrir une zone aussi excentrée).
Coman peut remettre en une touche pour le troisième homme Kanté qui se retrouve seul, face au jeu, avec 20m pour progresser.

Kanté fait vivre le ballon et trouve Griezmann libre dans l'axe. Ce dernier peut décaler Hernandez qui a parfaitement pris son couloir.

Lucas ajuste un centre parfait entre les défenseurs et le gardien, que Martial peut reprendre en première intention grâce à son excellent déplacement.

5/ De l'importance des demi-espaces

Rabiot déserte le demi-espace (ou half-space) gauche, bloque la progression d'Hernandez dans le couloir : rien ne se passe.

L'action suivante Rabiot est à sa place, et Hernandez peut être servi et progresser dans son couloir.

Rabiot fait l'appel croisé à la fois pour proposer une solution et forcer le central à prendre une décision : Griezmann le remplace immédiatement dans le demi-espace gauche pour recevoir le ballon : but.

6/ Les axes de progression

Kimpembe n'est plus le même joueur depuis quelques mois. Il ne cesse de franchir des paliers, et est en train de devenir un défenseur complet de classe mondiale. Néanmoins, notamment en EDF, il doit se faire confiance et progresser à la relance.
Ici il a trois solutions de passe nettes pour casser une ligne, mais choisit une passe neutre pour Pogba.

Lucas Hernandez évolue comme ailier gauche dans ce système, ce qui implique une débauche d'énergie énorme puisqu'il redevient latéral dans le 442 sans ballon. Si on peut lui pardonner quelques erreurs d'inattentions expliquées par ce nouveau rôle, il devra être vigilant dans la gestion de profondeur à l'Euro.

Son positionnement parallèle au but lui faire perdre de précieuses secondes au moment de sprinter.

7/ Quelques stats

Portugal 1,83 xG
France 2,71 xG

Le Portugal a tiré 14 fois mais dont 6 en dehors de la surface.
La France a tiré 13 fois, tous dans la surface.
La France a intercepté 55 ballons, le Portugal 32.

L'impression de maitrise collective est appuyée par le fait que la France n'a pas eu la moindre contre-attaque, mais que sur ses 31 attaques positionnelles, 9 ont débouché sur un tir.

82% des passes des Français étaient vers l'avant, 77% pour le Portugal.
La France grâce à Pogba, Pavard et Kanté notamment a brillé sur jeu long : 77% de passes longues réussies, contre 56% pour le Portugal.

8/ Conclusion

Il serait très étonnant que l'équipe qui démarrera contre l'Allemagne le 15 juin soit très éloignée de celle alignée en première mi-temps hier soir. L'animation offensive autour de ce 343 devrait clairement être reconduite : elle assure le spacing avec Hernandez et Coman, et permet d'occuper les zones de création entre les lignes sans pour autant se découvrir puisque le double pivot contrôle les transitions défensives.

Néanmoins, il faudra trouver une place pour Kylian. L’idéal serait sûrement de l'avoir à droite pour garder un vrai 9 capable d’aspirer les centraux par ses appels sur chaque action. Mais est-il capable de garder son couloir sans déséquilibrer l’équipe comme en 2018 ? Est-il capable d'attendre que les ballons viennent à lui ? Même si cela implique qu'il ne voie pas la balle parfois pendant de longues minutes ? Rien n'est moins sûr.

S’il est aligné à droite mais se recentre peu à peu pour demander les ballons dans les pieds, non seulement l'EDF perdrait tout spacing, mais Griezmann ne servirait plus à rien. Notre hantise étant de le voir se transformer en Anelka 2009-2010. Pour ces raisons, il serait sans doute préférable de l'aligner dans l'axe, avec pour consigne claire et précise de ne redescendre à la création uniquement s'il est remplacé dans la profondeur. Et de peser sur la défense par d'incessants appels pour libérer l'axe pour les créateurs.

Pour le poste de milieu gauche, Rabiot a marqué des points, très certainement. Mais on peut penser que Camavinga offrirait plus de sécurité à Deschamps sur transition défensive et sur pressing. Le tout sans perdre en qualité dans la disponibilité et la volonté de faire progresser le jeu.

Enfin, si la deuxième mi-temps fut plus laborieuse, c'est surtout sur coups de pied arrêtés et centres que l'EDF a été mise en difficulté, rarement dans le jeu. Le bloc a reculé sans se faire aspirer, les transitions défensives furent sérieuses : c'est ici la grande force des équipes de Deschamps.

Et surtout, oui surtout, offensivement, nous avons enfin vu du jeu, des prises de risques, une volonté certaine d'aller de l'avant : et bordel quel pied.